Article de Caroline Britz paru dans Mer et Marine le 14/9/2015 :Les pilotes de Dunkerque et leurs géants des mers

Dunkerque, terminal ouest, quai des pondéreux. Le Bulk Mexico, capesize de 176.000 tonnes, 292 mètres de long et 45 mètres de large, vient de décharger une partie de sa cargaison de charbon du Brésil. Ainsi soulagé et affichant désormais un tirant d’eau de 14.25 mètres, il va pouvoir rejoindre sa deuxième étape dunkerquoise, le quai Sollac, derrière l’écluse Charles de Gaulle, devant les usines Arcelor.

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(MER ET MARINE – CAROLINE BRITZ)

« Nous devons nous présenter dans les conditions les plus favorables pour cette entrée, c’est-à-dire à la pleine mer plus deux heures aux jetées », précise Henry de l’Estourbeillon, un des deux pilotes qui vont accompagner la manœuvre du mastodonte. Evitage en souplesse avec l’aide de quatre remorqueurs devant le terminal conteneur, montée en allure en passant devant le futur terminal méthanier. Derrière les digues, un ferry de DFDS a stoppé pour laisser passer le vraquier qui s’engage dans le chenal vers le port Est.

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Les bancs de sable de la mer du Nord

La machine est stoppée, le courant porte le bateau qui longe les bancs de sable que l’on devine sous la surface. « Ici, il y a toujours du vent », sourit le pilote, « notre problème à nous, ce n’est pas la houle, comme dans le golfe de Gascogne, c’est la mer courte et les courants, avec les bancs de sable qui nous entourent ». La géographie de la zone de pilotage de Dunkerque est exigeante. Entre la zone du Dyck, près de Calais, et la frontière belge, la mer est striée de ces longs bancs, entre lesquels les navigateurs doivent trouver leur chemin.

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Un pilote de vigie

Les trente pilotes de la station nordiste, eux, les connaissent tous par cœur. Pour mieux guider les navires qui entrent dans leur zone, ils ont même mis en place un service de pilote de vigie qui veille en permanence depuis Calais. « Nous avons une délégation du préfet maritime pour la gestion du mouillage d’attente devant Calais. Le pilote de vigie est là pour gérer le trafic et assister les bateaux qui entrent dans la zone », détaille Hervé Gauducheau, président de la station.

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Accueillir des gros bateaux

Sur le Bulk Mexico, les pilotes commencent à répartir les rôles. Les remorqueurs se placent, deux à l’avant, deux à l’arrière. La porte de l’écluse est ouverte, le vraquier y entre en douceur, les remorqueurs s’y faufilent sous la coque du gros navire. « Nous avons un bon trafic de minerai et de charbon, avec de belles unités de cette taille. Arcelor a annoncé des investissements sur son site de fabrication d’acier dunkerquois, ce qui est un bon signe pour le trafic du port ».

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Mais bientôt, ce seront peut-être des bateaux encore plus gros qui pourraient fréquenter le port nordiste. Le terminal Ouest pourrait recevoir, au quai des pondéreux, des Valemax qui cale à 22 mètres. Le terminal conteneurs a récemment reçu la visite des derniers-nés de 16.000 EVP de CMA CGM, en attendant les 18.000 boîtes.

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Le CMA CGM Alexander von Humboldt en août dernier (PILOTAGE DE DUNKERQUE)

La simulation pour anticiper les nouveaux trafics

« Nous préparons aussi l’arrivée des méthaniers », se réjouit Hervé Gauducheau. Le futur terminal Dunkerque LNG devrait accueillir, dès son ouverture, 80 bateaux par an. Un tout nouveau trafic pour les pilotes nordistes qu’ils ont activement anticipé. « Nous avons commencé par acheter un logiciel de simulation, pour nous permettre de nous entraîner dans les installations de nos collègues du Havre ». Un travail minutieux – près de 20.000 photos prises par les pilotes eux-mêmes et récupérées auprès des autorités portuaires – de cartographie du port a permis de reproduire très fidèlement leur environnement de travail.

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Simulation du futur terminal méthanier (PILOTAGE DE DUNKERQUE)

Un nouveau simulateur tout juste inauguré

« Grâce à ce logiciel de simulation, nous avons pu effectuer toute une série d’études pour la construction du terminal GNL. Et quand Dunkerque a postulé pour le projet de transbordement de Yamal, en 2013, nous avons pu modéliser fidèlement ce potentiel nouveau trafic ». Les pilotes sont convaincus, à l’instar de nombres de leurs collègues des autres stations.

« Nous avons alors décidé de franchir un pas supplémentaire et d’acheter notre propre installation Transas ». Un véritable pari d’avenir, un gros investissement pour la station et une inauguration le 8 septembre dernier. « Nous sommes très contents d’avoir ce nouvel outil sur place. Cela va nous offrir de la flexibilité dans nos entraînements et nous permettre d’encore mieux anticiper les nouveaux trafics ».

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(PILOTAGE DE DUNKERQUE)

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(PILOTAGE DE DUNKERQUE)

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(PILOTAGE DE DUNKERQUE)

Le Bulk Mexico, lui, rejoint son quai tout en douceur, guidé par ses deux pilotes et ses quatre remorqueurs. Quatre heures et demie ont été nécessaires pour rallier les deux terminaux du port de Dunkerque. Les panneaux de cale vont s’ouvrir, fin de la manoeuvre sur un géant des mers.

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(MER ET MARINE – CAROLINE BRITZ)